Playlist éphémère #387 – Sonny Rollins : retours de fugue

La carrière de Sonny Rollins a subi deux célèbres coups d’arrêt. Mais ils ont ceci de particulier qu’ils furent volontaires.

La première pause du colosse saxophoniste survient en 1959. Le saxophoniste a participé à la révolution be-bop. A contribué à l’émergence du hard-bop. Il a surtout fixé pour l’éternité le format trio saxophone-basse-batterie. Fort de cette réputation , le colosse saxophoniste a toutefois l’impression de tourner en rond. Supportera-t-il sans broncher les limites qui sont – selon ses propres considérations – les siennes ? Et bien non. Il se retranche du monde. 3 ans plus tard, Rollins renoue avec sa condition de jazzman, en enregistrant quelques albums qui feront date dans l’histoire du jazz.

La seconde pause de Sonny Rollins survient en 1968. Elle est plus spirituelle que la première. Pendant 3 ans, le saxophoniste médite, découvre les vertus du yoga (et de la respiration circulaire). Il fait son retour en signant un contrat chez Milestone qui lui laisse pas mal de liberté.

Cette playlist est un hommage à cet immense musicien qui a su s’arrêter pour éviter de se répéter et dont les retours ont toujours été miraculeux. Sonny, désormais retiré de la scène et des studios, est toujours parmi nous. Il fêtera ses 96 ans le 7 septembre prochain. Ménage-toi, légende !

1 – Sonny Rollins « Without a Song » from « The Bridge » / RCA (1962)

C’est avec l’album The Bridge que Sonny Rollins effectue le premier de ses retours. Pourquoi un tel nom ? Parce que pendant ses 3 années sabbatiques, le saxophoniste, qui vivait dans le Lower East Side et n’avait pas la possibilité de pratiquer chez lui (Sonny avait le souci des règles de bon voisinage), trimbalait son grand corps ainsi que son ténor jusqu’au Williamsburg Bridge pour s’exercer. Il y a sans doute – aussi – quelque chose de plus symbolique dans ce choix. Si Sonny Rollins passait avec cet album d’une rive l’autre (d’une phase l’autre), il établissait encoreune passerelle entre les générations, alors que la musique faisait des bons de géant. J’ai choisi Without a Song pour débuter cette playlist puis sa grandiose interprétation du God Bless the Child de Billie Holiday ; version introspective, mais qui déborde d’expressivité et constitue quasiment un micro-récit.

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Jim Hall : Guitare / Bob Cranshaw : Contrebasse / Ben Riley : Batterie

2 – Sonny Rollins « God Bless the Child » from « The Bridge » / RCA (1962)

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Jim Hall : Guitare / Bob Cranshaw : Contrebasse / Harry H.T. Sanders : Batterie

3 – Sonny Rollins « Don’t stop the Carnival » from « What’s New ? » / RCA (1962)

Les parents de Sonny Rollins étaient originaires des Iles Vierges. Le saxophoniste n’a jamais vraiment oublié cette tradition, revenant toujours, avec plus ou moins d’intensité vers les musiques caribéennes. What’s New ? n’est pas qu’un retour à cet attachement viscéral. Il témoigne aussi de cette volonté d’assumer pleinement un pan d’identité musicale. J’ai choisi en toute logique deux morceaux de joie : Don’t stop the Carnival (qui dit ce qu’il veut bien dire (et qui ne figure que sir certaines éditions particulières (japonaises, françaises et britanniques)) et Brownskin Girl.

4 – Sonny Rollins « Brownskin Girl » from « What’s New ? » / RCA (1962)

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Jim Hall : Guitare / Bob Cranshaw : Contrebasse / Ben Riley : Batterie / Dennis Charles : Percussion

5 – Sonny Rollins « Dearly Beloved » from « Our Man in Jazz » / RCA (1962)

Trois albums en une seule année. Sonny avait de l’énergie à revendre. Meilleure illustration possible : un live, enregistré en juillet 62 au Village Gate. Appliquez du gel dans vos cheveux ; ça souffle !

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Don Cherry : Cornet / Bob Cranshaw : Contrebasse / Billy Higgins : Batterie

6 – Sonny Rollins « Summertime » from « Sonny Meets Hawk! » / RCA (1963)

Nous parlions de passerelle entre les générations. La voici concrétisée avec une session sur laquelle Rollins accueille celui qui a fait du ténor un instrument de soliste : Coleman Hawkins. La passerelle s’établit aussi entre les styles. Sonny déborde d’idées nouvelles. Hawk est simplement la légende tutélaire qu’il sera encore jusqu’à la fin des années 60.

Sonny Rollins ; Coleman Hawkins : Saxophone ténor / Don Cherry : Trompette / Paul Bley : Piano / Henry Grime : Contrebasse / Roy McCurdy : Batterie

7 – Sonny Rollins « Four » from « Now’s the Time » / RCA (1964)

On étire quelque peu ce retour jusqu’à l’album Now’s the Time, sorti en 1964. Parce qu’il est le contrepoint de la rencontre Sonny Rollins/Coleman Hawkins. C’est la fine fleur de l’avant garde qui débarque aux côtés du saxophoniste. Et pourquoi faire ? Et bien, revisiter globalement de nouveaux standards : des trucs de Miles, une composition de John Lewis, le Round Midnight de Monk. Le pont de Sonny était bel et bien bâti et la pause avait engendré des magnificences.

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Herbie Hancock : Piano / Ron Carter : Contrebasse / Roy McCurdy : Batterie

8 – Sonny Rollins « Keep hold of yourself » from « Next Album » / Milestone (1972)

Sonny Rollins : Saxophone ténor / George Cables : Piano / Bob Cranshaw : Contrebasse / Jack DeJohnette : Batterie

9 – Sonny Rollins « A House is not a Home » from « The Cutting Edge » / Milestone (1974)

La seconde pause de Sonny Rollins se termine en 1972. Avec un contrat chez Milestone et le disque Next Album. Aussi incroyable que cela puisse paraitre pour un musicien qui avait une identité sonore aussi forte, c’est bel et bien son son qui évolue. La méditation a fait le travail. Et on s’en rend surtout compte sur le live The Cutting Edge, paru juste après le 2e album du saxophoniste chez Milestone, Horn Culture. En extrait, une reprise puissante et dénudée d’une composition de Burt Bacharach dont la version princeps fut bien enregistrée en son temps par la muse du compositeur : Dionne Warwick.

Sonny Rollins : Saxophone ténor / Stanley Cowell : Piano / Bob Cranshaw : Basse / Mtume : Congas / David Lee : Batterie


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