Playlist éphémère #378 – Madame Patrice

C’est en réécoutant il y a peu l’ensemble de la discographie de la chanteuse, claviériste, compositrice Patrice Rushen, que j’ai eu dans l’idée de lui consacrer une playlist. Née à Los Angeles, Patrice Rushen commence le piano à l’âge de 3 ans. Sa formation est classique mais ses parents, bien intentionnés, contribuent à élargir sa palette en l’initiant au jazz ou à la musique de Ray Charles. A 17 ans, alors qu’elle n’a encore jamais enregistré, elle se produit au festival de Jazz de Monterey ; elle y remporte, à la tête de son petit combo, le prix de la compétition All-Star High School. Repérée par les chasseurs de tête du label Prestige, elle signe pour 3 albums. Ces 3 premiers albums s’inscrivent dans la politique éditoriale de la maison et surfent sur l’air du temps. Inspirés par le jazz fusion, par les récentes productions de Hancock avec les Headhunters, ils sont tout ce qu’il y a de plus valables, voire clairement réjouissants par moment.

Pourtant, Patrice Rushen va briser un interdit : s’évader du microcosme jazz pour tenter de conquérir un public plus large. Les critiques ne vont pas lui pardonner cette incartade. « J’ai fait des compromis, se défendait-elle, pour atteindre un niveau qui me permette de passer d’un bout à l’autre du spectre musical, sans limites commerciales ». (…) « Je ne me préoccupe pas de ce que l’on peut dire. Quelqu’un peut tout fait dire qu’il n’aime pas un de mes morceaux. Mais ne venez surtout pas me dire que je ne fais pas les choses avec sincérité. Que je ne travaille pas aussi dur sur mes albums de funk que ce que j’ai pu faire sur mes premiers albums. »

Ces procès en cynisme n’ont plus lieu d’être. Le temps a compris que Patrice Rushen était une musicienne rare. La playlist qui suit (couvrant ses 8 premières années de carrière) en donne, à mon sens, une image plutôt fidèle.

1 – Patrice Rushen « Traverse » from « Prelusion » / Prestige (1974)

2 – Patrice Rushen « Haw-Right Now » from « Prelusion » / Prestige (1974)

Le premier disque de Patrice Rushen est d’une maturité absolument dingue. La qualité du personnel aide sans doute. Mais cela n’explique la qualité des compositions, ni la maestria individuelle de cette toute jeune musicienne (20 ans). En 1974, personne ne peut deviner la trajectoire qu’épousera la carrière de Patrice Rushen. Peut-être même pas elle-même tant ce premier effort semble sincère et spontané. Un concentré de fraicheur et d’énergie.

Patrice Rushen : Claviers ; Vocals / Tony Dumas : Basse / Leon « Ndugu » Chancler : Batterie / Kenneth Nash : Percussion / Joe Henderson : Saxophone ténor / Hadley Caliman : Flute / Oscar Brashear : Trompette / George Bohanon : Trombone

3 – Patrice Rushen « What’s the Story » from « Before the Dawn » / Prestige (1975)

L’influence de Herbie Hancock est flagrante dans ce deuxième album. A tel point que l’on s’interroge un peu à son sujet. S’agit-il de pompage en règle ou d’un hommage subtil à un des musiciens majeurs de l’époque ? La vérité se situe entre les deux, en vérité. Before the Dawn est inégal de ce point de vue. Mais ses réussites sont assez éblouissantes ; c’est le cas du morceau What’s the Story.

Patrice Rushen : Claviers / Josie James : Vocals / Hadley Caliman : Saxophone ténor / George Bohanon : Trombone / Oscar Brashear : Trompette / Lee Ritenour : Guitare / Charles Meeks : Basse / Leon « Ndugu » Chancler : Batterie / Nate Alfred : Percussion / Nate Alfred, Reggie Andrews, Thelette Bennett, Josie James, Charles Meeks, Charles Mims, Patrice Rushen, Evelyn Wesley, Jimmie Lee Wesley, Brenda White and Martha Young : Tous ces gens tapent dans leurs mains

4 – Patrice Rushen « The Hump » from « Shout it out » / Prestige (1977)

1977, Madame Patrice, 22 ans, honore la fin de son contrat avec Prestige. L’influence de Hancock – mieux digérée que sur l’album précédent – est toujours là mais on commence aussi à percevoir celle des productions de George Benson ou de Donald Byrd. La musicienne vient de signer un contrat avec le label Elektra. Le grand tournant n’est qu’à quelques mètres.

Patrice Rushen : Vocals ; Claviers / Al McKay : Guitare / Charles Meeks : Basse / James Gadson : Batterie / Nate Alford, Charles Mims, Danny Vicari : Trompette / Josie James : Backing Vocals

5 – Patrice Rushen « When I found you » from « Patrice » / Elektra (1978)

6 – Patrice Rushen « Hang it up » from « Patrice » / Elektra (1978)

7 – Patrice Rushen « Play » from « Patrice » / Elektra (1978)

Le grand tournant en question, c’est donc cet album, sobrement baptisé Patrice, qui entame le contrat de la musicienne avec le label Elektra. Les critiquent tombent sur le râble de Patrice Rushen. Mais elle n’en a cure. Ce disque est un des petits sommets de cette fin de décennie 70. Un disque qui établit en premier lieu les qualités d’interprète vocale de Patrice Rushen (chanteuse délicate et expressive) ; en second lieu sa capacité à varier les plaisirs en matière de composition. Cette petite sélection de 3 titres illustrent cette polyvalence. Madame Patrice est une grande…

Patrice Rushen : Vocals ; Claviers / Marlo Henderson, Al McKay : Guitare / Freddie Washington : Basse / James Gadson : Batterie / Kim Hutchcroft : Sax alto / Larry Williams : Sax ténor / Bill Reichenbach Jr. : Sax baryton ; Trombone / Maurice Spears : Trombone basse / Jerry Hey : Trompette

8 – Patrice Rushen « Message in the Music » & « Message in the Music (Reprise) » from « Pizzazz » / Elektra (1979)

Moins réussi que son prédécesseur, l’album Pizzazz a parfois des relents disco un brin pénibles. Ce Message in the Music, qui lorgne clairement du côté de Parliament/Funkadelic (et deux ou trois autres morceaux), permet à la session de s’élever de temps à autre…

Patrice Rushen : Vocals ; Claviers / Paul Jackson Jr. ; Wah Wah Watson : Guitare / Freddie Washongton : Basse / Leon « Ndugu » Chancler : Batterie / Josie James ; Jim Gilstrap : Backing Vocals

9 – Patrice Rushen « Remind Me » from « Straight from the Heart » / Elektra (1982)

10 – Patrice Rushen « Forget me nots » from « Straight from the Heart » / Elektra (1982)

On finit avec ce qui reste le plus grand succès commercial de Patrice Rushen : l’album Straight from the Heart, sorti en 1982. La session comporte bien sûr LE tube de la musicienne, Forget me nots, samplé des milliards de fois. Ce qui est remarquable dans ce disque, c’est qu’il constitue l’une des très rares productions R&B à avoir bien vieilli, à une époque où tout le monde se fourvoyait dans les méandres de la technologie. On le redit : Patrice Rushen est une grande !

Patrice Rushen : Vocals ; Claviers / Freddie Washington : Basse / Melvin Webb ; James Gadson : Batterie / Gerald Albright : Saxophone /


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