Claudia Cardinale est morte le 23 septembre dernier à 87 ans. Ce n’est pas parce que l’on ne parle pas tellement de cinéma ici que l’on ne peut pas rendre hommage à une actrice. Surtout celle-ci. Tant il est vrai que Claudia Cardinale a joué dans des films qui ont aussi, à leur manière, contribué à l’Histoire de la musique : grâce à Morricone, Nino Rota, Piero Umiliani et d’autres.
Je vous propose donc un petit voyage musical, à travers la filmographie de l’actrice. Un voyage qui nous permettra, outre les grands maîtres que j’ai cités plus haut, de croiser Chet Baker, James Moody, Bill Frisell ou encore Charlie Mariano.
Le cinéma (et la musique de cinéma) de Claudia Cardinale en 59 minutes et 13 titres, c’est juste en dessous.
1 – Mario Nascimbene « La Ragazza con la Valigia » from « La Ragazza con la Valigia » / 1961
La Ragazza con la Valigia est le film qui a durablement assis la réputation de Claudia Cardinale en Italie. Récit d’une histoire d’amour foirée d’avance entre une jeune femme pleine d’aspirations venue de province, et un jeune bourgeois un poil inconséquent, le film de Valerio Zurlini est l’une des grandes œuvres du néoréalisme italien. Il fait en ce sens partie de la mémoire collective du pays. La musique est signée Mario Nascimbene, compositeur mésestimé qui a su pourtant s’exporter outre-Atlantique (comme Morricone et Rota). Outre cette délicate bande-son, Nascimbene a composé des bandes originales pour un paquet de péplums (Salomon et la Reine de Saba, Carthage en flammes, Barrabas…) ou pour La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Il a aussi mis ses talents au service des grandes productions bibliques de la RAI ou encore pour Le Messie de Rosselini, co-production franco-italienne un peu oubliée de nos jours.
Bruno Nicolai : Clavecin / Mario Gangi : Guitare
2 – Ennio Morricone « La Ballata del prefetto Mori » from « Il Prefetto di Ferro » / 1977
Je ne suis un grand admirateur de ce film de Pasquale Squitieri qui fut à la fois un réalisateur et un politicien. Ce qui n’est pas loin de constituer un défaut en soi. Il Prefetto di ferro présente un profil de Cesare Mori en légaliste absolu ; cette lecture n’est pas la mienne (ni celle de la plupart de ceux qui ont étudié de manière approfondie l’action de l’état italien en Sicile). L’action de Cesare Mori est, de mon point de vue, symptomatique des contradictions de la politique italienne en Sicile. Une pure violence en elle-même qui ne pouvait rien résoudre. Ce film le dit bien sûr, mais à mon sens imparfaitement ; c’est à dire uniquement pour mettre en lumière l’hypocrisie du régime fasciste et sa collusion avec les réseaux mafieux. Claudia Cardinale ne tient qu’un petit rôle dans ce biopic. Mais un rôle d’importance, tant il figure parfaitement l’étau qui enserrait les femmes et les mères sous le régime fasciste et leur vulnérabilité (plus intemporel) face à des violences de toute nature ; venues de la mafia, d’un état totalitaire, aveugle ou paternaliste, et enfin, d’une administration policière et judiciaire n’hésitant pas à s’affranchir de la légalité. La musique – impressionnante – est signée Morricone. Cette ballade, rêche et aride, est chantée à merveille par Rosa Balestreri, chanteuse originaire de la Province d’Agrigente, célèbre pour son timbre puissant, sa manière directe et sans artifices de chanter la poésie de la violence.
Rosa Balestreri : Chant
3 – Piero Umiliani « Tensione » from « Audace colpo dei soliti ignoti » / 1959
4 – Piero Umiliani « I Soliti ignoti » from « I soliti ignoti » / 1958
Fin des années 50, Claudia Cardinale joue dans deux petits films de cambriolage qui se suivent. Deux petites curiosités qui brillent aussi à travers les compositions de Piero Umiliani et l’amitié qu’il entretenait avec Chet Baker, qui officie sur les deux bandes originales. La quintessence du jazz west coast à l’italienne…
Trompette : Chet Baker
5 – James Moody « Pink Panther » from « Moddy plays Mancini » / Warner (1997)
James Moody : Flute / Gil Goldstein : Claviers / Todd Coolman : Contrebasse / Terri Lynne Carrington : Batterie
6 – Charlie Mariano quartet « Sinno me moro » from « An American in Italy » / Timeless Records (1997)
A la fin des années 50, Claudia Cardinale semblait la jeune fausse ingénue préférée du giallo italien. Un Maledetto Imbroglio est un petit film de Pietro Germi de l’année. La musique, plutôt bien fichue, a été écrite par un autre compositeur de cinéma mésestimé qui revient certes en grâce ces dernières années, Carlo Rustichelli. Ce Sinno me moro, extrait de la bande son, est interprété ici par le saxophoniste américain Charlie Mariano qui, en 1997, revisitait ses racines italiennes. Avec des musiciens locaux et l’élégance qui le caractérise.
Charlie Mariano : Saxophone / Andrea Pozza : Piano / Ares Tavolazzi : Contrebasse / Fabio Grandi : Batterie
7 – Antonio Zambrini « Rocco e i suoi Fratelli » from « Antonio Zambrini plays Nino Rota » / Abeat (2013)
Antonio Zambrini : Piano / Andrea di Biase : Contrebasse / Antonio Fusco : Batterie
8 – Bill Frisell « Farewell to Cheyenne » from « When you wish upon a Star » / Songtone (2016)
9 – Bill Frisell « Once upon a time in the west » from « When you wish upon a Star » / Songtone (2016)
En 2016, sur le label Okeh, Frisell retravaille de la matière musico-cinématographique. Et une partie de celle, conçue par Morricone pour le western spaghetti de chef d’œuvre de Sergio Leone. Le guitariste y apporte sa touche personnelle et quelques unes de ses marottes personnelles : ces deux interprétations ne sont pas sans rappeler l’album Big Sur, disque des grands espaces, que Frisell avait enregistré 3 ans plus tôt.
Bill Frisell : Guitare / Petra Haden : Chant / Eyvind Kang : Alto / Thomas Morgan : Contrebasse / Rudy Royston : Batterie
10 – Richard Galliano « Huit et Demi » from « Nino Rota » / Decca (2011)
Richard Galliano : Accordéon / Dave Douglas : Trompette / John Surman : Saxophone soprano / Boris Kozlov : Contrebasse / Clarence Penn : Batterie
11 – Fabrizio Bosso « Il Valzer del Commiato » from « Fabrizio Bosso plays Enchantment » / Schema Records (2011)
Fabrizio Bosso : Trompette / London Symphony Orchestra
12 – Giovanni Fusco « Il Dramma di Carla » from « Gli Indifferenti » / 1964
Gli Indifferenti est une adaptation d’un des premiers romans de Moravia, drame familio-bourgeois dont l’auteur avait le secret. Claudia Cardinale y campe Carla, jeune femme sur lequel lorgne le cynique amoral de l’intrigue. La musique est signée Giovanni Fusco, compositeur (grave) à tout faire du cinéma italien, dont les services furent plusieurs fois appréciés par Antonioni.
13 – Carlo Rustichelli « Mara t’amo » from « La Ragazza di Bube » / 1962
Nous finissons, en toute logique, par une déclaration d’amour. Repose toi bien Claudia.
