Je vous emmène cette semaine sur les rives du fleuve de la démesure. Le Mississippi, qui traverse telle une grande balafre les Etats-Unis du nord au sud. Le Mississippi, c’est bien sûr une histoire tragique, un berceau culturel qui remonte aux origines des blessures américaines, une parabole de l’humanité dans ce qu’elle a du plus contrariée mais aussi de plus riche.
Le Mississippi en 12 titres et en 59 minutes : Allons-y ! Avec, au menu : Aretha Franklin, Dr John, The Bad Plus, Yusef Lateef… et d’autres surprises.
1 – Dr John « Mississippi Mud » from « The Brightest Smile in Town » / Clean Cuts (1983)
Dr John : Piano
2 – Magnus Dölerud / Hans Backenroth / Oscar Johansson Werre « Bright Mississippi » from « Trio Circle » / Prophone (2022)
Voici un trio qui de l’allure et de l’allant. Venu de Suède, le saxophoniste Magnus Dölerud a œuvré au sein des plus rutilants des ensembles locaux : le collectif de Fredrik Noren ou encore le Quiet Nights Orchestra. Il était particulièrement intéressant de l’entendre ici, au volant pour ainsi dire, et dans le cadre de la formule circonscrite du trio sax/basse/batterie ; formule qui libère paradoxalement les « portes harmoniques ». Le premier disque de ce trio nous offre notamment cette splendide version du Bright Mississippi de Thelonious Monk.
Magnus Dölerud : Saxophone / Hans Backenroth : Contrebasse / Oscar Johansson Werre : Batterie
3 – Art Pepper « Ol’ Man River » from « Winter Moon » / Galaxy (1981)
En septembre 1980, la direction du label Galaxy donne la permission à Art Pepper de mettre sur pied une session avec cordes. Deux arrangeurs sont mis à disposition : l’excellent Billy Holman et Jimmy Bond. L’altiste s’en donne à coeur joie tant la formule semble taillée pour son hypersensibilité. Cette version d’Ol’ Man River, standard métaphorique ultime sur le Mississippi, écrit par Paul Robeson en 1925 en point d’orgue du musical Show Boat, ne figurait pas dans la première version de l’album. On ne la découvrira qu’à l’ère du CD avec l’inclusion de ce que l’on appelle désormais des bonus. Ce choix est étonnant car Art Pepper offre une des plus belles interprétations de la composition qui soient. Plutôt délicate, d’ailleurs, pour l’écorché qu’il était, dans tous les sens du terme, au début des années 80.
Art Pepper : Saxophone alto / Stanley Cowell : Piano / Howard Roberts : Guitare / Cecil McBee : Contrebasse / Carl Burnett : Batterie & Strings
4 – Ulysses Owens Jr. « Mississippi Goddam » from « Songs of freedom » / Resilience Music Alliance (2019)
Ulysses Owens Jr. : Batterie / Rene Marie : Chant / Allyn Johnson : Piano / Reuben Rogers : Contrebasse & Choristes
5 – Aretha Franklin « Muddy Water » from « Yeah!!! » / Columbia (1965)
Aretha Franklin : Chant / Kenny Burrell : Guitare / Hindel Butts : Batterie / James « Beans » Richardson : Basse / Teddy Harris : Piano
6 – Dizzy Gillespie « St Louis Blues » from « Have Trumpet, Will excite! » / Verve (1959)
Dizzy Gillespie : Trompette / Les Spann : Guitare / Junior Mance : Piano / Sam Jones : Contrebasse / Lex Humphries : Batterie
7 – Vicente Archer « Bye Nashville » from « Short Stories » / Cellar Live (2023)
Le Mississippi, c’est aussi un endroit que l’on quitte. Certes, le grand fleuve américain ne traverse pas Nashville. Mais le Cumberland, l’un de ses sous-affluents, si… Au passage, cela nous permet d’évoquer ce très bon (premier) album du contrebassiste Vicente Archer. Une affaire de famille confectionnée dans l’intimité d’un trio de compagnons de longue date. Cela s’entend.
Vicente Archer : Contrebasse / Gerald Clayton : Piano / Bill Stewart : Batterie
8 – Yusef Lateef « Can’t help lovin’ that man » from « The Dreamer » / Savoy (1959)
Une autre composition phare du musical Show Boat. Interprétées dans le cadre de l’une des dernières sessions enregistrées par Ysef Lateef au sein du label Savoy. Sessions de qualité mais aussi intéressantes en ceci qu’elles se situent au tout début des explorations moyen-orientales si caractéristiques que Lateef mènera, de manière plus approfondie, au début des années 60. Quel son de ténor avait Lateef en cette fin d’année 59 !!!
Yusef Lateef : Saxophone ténor / Bernard McKinney : Euphonium / Terry Pollard : Piano / William Austin : Contrebasse / Frank Gant : Batterie
9 – The Bad Plus « Tom Sawyer » from « Prog » / Heads Up (2007)
Ethan Iverson : Piano / Reid Anderson : Basse / David King : Batterie
10 – Blue Mitchell « Mississippi Jump » from « African Violet » / Impulse! (1978)
Blue Mitchell : Trompette / Herman Riley : Saxophoné ténor / Sonny Burke : Electric Piano / Lee Ritenou : Guitare / Scott Edwards : Basse / James Gadson : Batterie / Paulinho Da Costa : Congas
11 – Bessie Smith « Muddy Water (A Mississippi Moan) » / Columbia (1927)
Si une chanteuse incarne le Mississippi, c’est bien entendu Bessie Smith. A travers son art. A travers sa vie qui se termina du reste bien tristement, alors qu’elle traversait en voiture la petite ville de Clarksdale, située à une quinzaine de kilomètres à l’est du fleuve.
Bessie Smith : Chant / Fletcher Anderson : Piano / Buster Bailey : Clarinette / Joe Smith : Cornet
12 – FUNKGUS « Memphis Soul Stew » from « Man with a Gun » / Baal Records (1974)
Si des suédois peuvent s’approprier le Mississippi, il n’y a aucune raison pour qu’un collectif de Singapour échoue dans cette tâche. C’est ce qu’a fait le collectif FUNKGUS sans ciller avec la composition de King Curtis, Memphis Soul Stew. Et ça marche !!!
