Playlist éphémère #375 – Les 10 ans du label Blue Engine

Wynton Marsalis a repris la direction du Jazz at Lincoln Center Orchestra en 1991, orchestre résident du complexe new-yorkais du même nom qui abrite 3 salles dédiées au jazz : le Rose Theater, accueillant dans un cadre classique plus d’un millier de spectateurs à chaque représentation, deux salles plus petites (dont le Dizzy’s Club). 34 ans plus tard, Marsalis est toujours le directeur artistique de cet ensemble dont l’ambition est multiple : perpétuer la tradition, faire naître des vocations et élargir le public du jazz. Pour ce faire, le caractère le plus trempé de la fratrie Marsalis était tout indiqué, ce qui explique sans doute son maintien à la tête de ce qui est avec le temps devenu une véritable institution.

Le JLCO a beau être un ensemble dédié à la représentation scénique, il n’oublie pas pour autant d’enregistrer de temps à autre ses projets les plus emblématiques. Relecture de suites d’anthologie, travaux de composition de Marsalis (sur commande ou non), hommages aux grands compositeurs de l’Histoire du jazz. Jusqu’en 2015, l’orchestre échafaude cette discographie avec l’aide de labels extérieurs : Columbia et Palmetto pour n’en citer que quelques uns. En 2015, Marsalis conclut un partenariat avec Sony qui aboutit à la création du label Blue Engine.

Depuis maintenant 10 ans, le label se développe plutôt sainement. Signe de sa bonne santé, il ne circonscrit plus ses activités aux seuls projets du JLCO mais promeut aussi les œuvres personnelles de musiciens qui se développent au sein de l’orchestre ou qui ont simplement attiré l’attention du patron. Avec une belle cohérence éditoriale. Cette playlist (en 9 titres et 59 minutes) constitue en ce sens autant un hommage qu’un encouragement. 10 ans, ça se fête. Bon anniversaire et surtout longue vie à Blue Engine.

1 – Alexa Tarantino « The Roar and the Whisper » from « The Roar and the Whisper) / Blue Engin (2025)

« Une équipe de démolition à elle toute seule ». Ce sont avec ces mots que Wynton Marsalis décrit le style d’Alexa Tarantino, membre par ailleurs du JLCO depuis un an. The Roar and the Whisper, son 5e album, témoigne d’une remarquable évolution. Pour elle, Marsalis a vu les choses en grand. Avec l’apport d’un quartet de choix (incluant notamment Steven Feifke) et de quelques invités de choix (dont la chanteuse Cecile McLorin Salvant sur 2 titres). Et si vous vous demandez ce que Marsalis entend par « équipe de démolition », vous vous interrogerez moins à l’écoute d’un morceau qui brille, comme son titre l’indique, par ses contrastes. [Même les plus grands fauves soupirent de temps à autre…]

Alexa Tarantino : Saxophone alto / Steven Feifke : Piano / Philip Norris : Contrebasse / Mark Whitfield Jr. : Batterie

2 – JLCO « 2/3’s Adventure » from « Live in Cuba » / Blue Engine (2025)

Le label Blue Engine fête donc ses 10 ans. Pour l’occasion, le label réédite sa toute première publication. Un live du JLCO capté 5 ans plus tôt, à La Havane, dans l’écrin du Théâtre Mella, à la faveur d’un assouplissement des règles américaines relatives aux voyageurs à destination de Cuba (décision de l’administration Obama). Pendant 3 soirs, Marsalis et son orchestre revisitent Ellington ainsi que le répertoire des grands noms de la diaspora cubaine. 2/3’s Adventure est toutefois une composition de Marsalis. « J’ai écrit « Two-Three’s Adventure » ​​pour commémorer notre voyage à Cuba, explique-t-il. La chanson est un petit voyage en elle-même qui commence sur un rythme mambo classique et passe directement au swing, puis à la guajira. Je me souviens de notre première apparition à Cuba. Les gens ont ri quand le rythme est passé du swing à la guajira, car ils pensaient que nous ne savions pas ce qu’était une guajira. »

JLCO : Music

3 – Sarah Hanahan « Stardust » from « Among Giants » / Blue Engine (2024)

Sarah Hanahan est un des talents émergents les plus évidents de la scène new yorkaise et ce premier album atteste qu’elle grandit bien vite. Diplômée de la Hartt School et de Julliard, Hanahan a grandi à l’ombre de Nat Reeves (que l’on retrouve sur ce premier album). Comme il se doit, elle s’est fait les dents avec la crème de la crème. On trouve sur ce premier effort un assortiment de compositions personnelles et quelques reprises de choix, notamment le Welcome de Coltrane ou le standard de Hoagy Carmichael, Stardust. Le tout, sans faute de carre.

Sarah Hanahan : Saxophone alto / Marc Cary : Piano / Nat Reeves : Contrebasse / Jeff ‘Tain Watts : Batterie

4 – Harvey Mason « SilkyM » from « The Southern Suite » / Blue Engine (2023)

Si Blue Engine offre de plus en plus de place aux jeunes musiciens, c’est peut-être grâce au pianiste Harvey Mason qui a renversé la critique il y a 2 ans avec ce Southern Suite qui établit un équilibre parfait entre perpétuation de la tradition et modernité. Ou, comme le dit Mason lui-même, entre « renaissance et culture de rue ». Lumineuse révélation qui aura des suites : le pianiste s’apprête à sortir son deuxième album, A Breath of Fresh Air, courant octobre.

Sean Mason : Piano / Tom Glausi : Trompette / Chris Lewis : Saxophone ténor / Felix Moseholm : Contrebasse / Domo Branch : Batterie

5 – JLCO « Li Bai’s Blues » from « The Shangai Suite » / Blue Engine (2024)

En 2017, le Jazz at Lincoln Center devient une franchise internationale. Et c’est à Shanghai que cette ouverture au monde débute. Pour l’occasion, Marsalis compose une suite. Cette suite sera jouée plus tard dans le cadre de l’ouverture de la saison 2022-2023 du JLC new yorkais. C’est de cette dernière captation qu’est issu ce disque qui figure partie les plus riches de l’ensemble.

JLCO : Music

6 – Isaiah J. Thompson « For Phineas » from « The Power of The Spirit » / Blue Engine (2023)

Pour le pianiste Isaiah J. Thompson, Blue Engine a été un formidable tremplin dans la mesure où il a, avec le label Mack Avenue, sorti un disque (intitulé Book of Isaiah) qui a été l’un des plus remarqués de l’année 2025. En 2018, Thompson recevait une distinction du Lincoln Center récompensant les artistes émergents. En 2023, c’est au sein du label dirigé par Marsalis qu’il sortait l’album The Power of the Spirit, unanimement salué par le public et la critique, live éblouissant, enregistré au Dizzy’s Club, qui témoignait déjà de son intérêt pour l’héritage gospel. La composition choisie rend bien entendu hommage à l’un des grands prédécesseurs de Thompson : Phineas Newborn Jr.

Isaiah J. Thompson : Piano / Julian Lee : Saxophone / Philip Norris : Contrebasse / TJ Reddick : Batterie

7 – Summer Camargo « Girl in the Jeep » from « To whom I love » / Blue Engine (2024)

Summer Camargo : Trompette / Veronica Leahy : Reeds / Jeffery Miller : Trombone / Esteban Castro : Piano / Raul Reyes Bueno : Contrebasse / Varun Das : Batterie / Jamey Haddad : Percussion

8 – Carlos Henriquez « The Bronx Pyramid » from « The Bronx Pyramid » / Blue Engine (2015)

Carlos Henriquez : Contrebasse / Felipe LaMolia : Saxophone ténor / Michael Rodriguez : Trompette / Robert Rodriguez : Piano / Ali Jackson : Batterie / Bobby Allende : Congas / Pedrito Martinez : Batas

9 – JLCO « Devotionnal » from « The Abyssinian Mass » / Blue Engine (2016)

Cette messe est une autre commande reçue par Marsalis. La pièce devait commémorer le bicentenaire de l’Église baptiste abyssinienne de Harlem. Marsalis ne fit pas les choses à moitié puisqu’il composa avec l’idée d’associer le JLCO à un chœur de 70 larynx. C’est La Chorale Le Chateau de Damien Sneed qui sera élue. Voici une des plus belles œuvres composées par Marsalis dans le cadre de ses fonctions.

JLCO / Chorale le Chateau / Wynton Marsalis & Damien Sneed


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